Livre : La France sans permis

Me rendant seul en Écosse la semaine dernière, j’ai fait un détour par la librairie de l’aéroport afin de m’acheter un livre pour le voyage.

J’ai soigneusement évité la kyrielle de livres traitant de la campagne présidentielle. Il ne me restait donc plus que les polars plus où moins originaux et quelques ovnis littéraires parmi lesquels un titre attira mon attention : La France sans permis d’Airy Routier, rédacteur en chef au Nouvel Observateur.

La lecture de la quatrième de couverture fit écho aux questions que je me pose après ma récente mésaventure routière. J’ai donc acheté ce livre, espérant trouver des chiffres et des faits pour étayer mes intuitions en matière de sécurité routière.

L’auteur commence par montrer l’étonnante focalisation faite sur le nombre de morts sur la route alors que bien des domaines font plus de morts chaque année sans que personne ne s’en émeuvent particulièrement. Ainsi, il y a 4 fois plus de morts par accident domestiques par an que sur les routes. Pourtant, les campagnes de sensibilisation n’ont rien à voir en terme de fréquence et d’intensité.

Il poursuit en montrant que contrairement au discours officiel, la baisse du nombre de morts sur les routes n’est pas lié à la baisse de la vitesse, mais plutôt à l’amélioration des équipements routiers et surtout des véhicules avec la généralisation des dispositifs d’aide à la conduite (ABS, ESP) et de protection (airbags, carrosseries déformables, etc.). Il montre qu’aux États-Unis où la vitesse est bien plus réduite qu’en France mais où les véhicules sont mal équipés au niveau des éléments de sécurité, le nombre de morts en proportion de la population est bien plus important.

L’auteur souligne également une méconnaissance grandissante voire un non respect volontaire des lois par les forces de l’ordre. Il impute cela aux primes au volume d’amendes qui poussent à préférer la rentabilité à l’efficacité.

De manière générale, le système de contrôle de la « violence routière » est décrit comme le plus répressif au monde. Aucun autre pays n’ayant mis en place un système totalement automatisé qui nie le droit à chacun de recevoir une condamnation adaptée à son cas particulier.

Enfin, la dernière partie est consacrée aux divers moyens plus ou moins légaux et moraux de ne pas payer ses amendes ou perdre ses points.

Alors que dire de ce livre ? Très franchement j’aurais aimé recommander ce livre car je ne supporte pas l’hypocrisie du discours actuel sur la sécurité routière. L’Etat a mis en place un système aussi froid qu’injuste qui sous couvert de bonnes intentions appuyées par un discours mensonger n’a d’autre but que de remplir les caisses de l’Etat.

On s’attaque à un problème simple à gérer et marquant en occultant le fait qu’il n’est pas le plus important et dans le même temps on donne l’illusion aux français que s’ils respectent les limitations de vitesse, ils sont de bons conducteurs. C’est ainsi qu’on voit des gens rouler n’importe comment (positionnement sur la chaussée, absence de clignotants, pas de contrôle avant de changer de voie, non respect des distances de sécurité, etc.) et qui sont persuadés d’être de bons conducteurs.

Pourtant, de nombreuses choses m’ont dérangées dans ce livre. À commencer par une poignée de phrases au ton assez douteux sur les personnes d’origines étrangères et qui tombent trop régulièrement et toujours à point nommé pour que ce soit le fait du hasard (Je n’ai malheureusement pas noté sur le coup ces phrases. Je vais essayer de les retrouver pour en indiquer ici des exemples). Cela n’apporte pas grand chose, tout du moins sans le développement nécessaire pour l’expliquer. Cela donne l’impression d’un « message subliminal » glissé au milieu du texte qui n’est pas relevé mais qui est lu tout de même. La répétitivité du propos faisant le reste.

Ce qui m’a également dérangé c’est que l’auteur attaque bille en tête le système actuel, mais ses arguments sont parfois contestables. Ainsi, pour lui il n’y a pas de chauffards, juste d’honnêtes citoyens, certes étourdis, victimes de la répression aveugle d’un État fascisant. Bref, c’est une vision très partiale de la situation.

Il dénonce ainsi un système infantilisant tout en rejetant la faute sur l’État niant l’importance fondamentale des comportements individuels.

Pour conclure, ce livre prouve une fois de plus que l’ennemi d’un ennemi n’est pas forcément un ami. Dommage.

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